« Au fond, qu'est-ce donc qu'une balle de tennis sinon une petite sphère jaune, légèrement velue et frappée, sur le «ventre», du nom de son concepteur ? A y regarder de plus près, on va s'apercevoir que l'objet possède sa propre vie. Qu'il – ou plutôt qu'elle peut être, à choix, vive, lourde, rapide, lente, capricieuse comme une jeune demoiselle, ou au contraire complice, amante d'un instant…
« Au fond, qu’est-ce donc qu’une balle de tennis sinon une petite sphère jaune, légèrement velue et frappée, sur le «ventre», du nom de son concepteur ? A y regarder de plus près, on va s’apercevoir que l’objet possède sa propre vie. Qu’il – ou plutôt qu’elle peut être, à choix, vive, lourde, rapide, lente, capricieuse comme une jeune demoiselle, ou au contraire complice, amante d’un instant…
Surtout, on verra tout ce que ses trajectoires, maîtrisées au pas, voulues ou non, peuvent engendrer chez celui, ou celle, qui se sont fait mission de la dompter. Il y a là, dans ces bras qui se crispent, ces jambes qui semblent voler, ces sourires qui s’esquissent ou s’effacent soudain, dans ces dos qui se ploient et ces regards devenus ainsi que de la lave en fusion, tout un monde, fait d’images irréelles, parfois, de moment de vie, toujours.
Le talent de Gianni Ciaccia est d’avoir été le premier, sans doute, à le comprendre. A ne pas s’arrêter là, à ne surtout pas focaliser – c’est le mot! – sur cette sphère jaune, certes objet de toutes les convoitises, mais dont le parcours dans l’espace n’est jamais que l’aboutissement d’une pensée, d’une volonté, d’un geste.
Cela va bientôt faire un demi-siècle – Mais oui, Gianni, bientôt… - que le photographe Ciaccia rédige, page après page, patiemment, son propre livre d’images. On y trouvera tout, à commencer par ce que l’on ne trouvera nulle part ailleurs. Il y a là des expressions, des ambiances, des couleurs surnaturelles, violentes, agressives, d’autres plus délavées, plus ténues. Chacune d’entre-elles entend dire quelque chose, toutes racontent des drames, des instants de bonheur, elles disent la vie, tout simplement.
Il peut paraître inutile, après tant de compliments, d’ajouter que l’homme est à l’image de son travail : fin mais dur à la tâche, élégant mais toujours prêt à remettre l’ouvrage sur le métier, l’objectif sur l’épaule. Gianni Ciaccia est de ceux qui ne sauraient se satisfaire de « livrer sa copie ». Il la veut vivante, surprenante, il lui intime l’ordre de « dire » le tennis. Et quand celle-ci ne le satisfait pas – je veux dire pleinement -, alors, il recommence, use sa petite serviette blanche à s’éponger le front et ses épaules à porter ses boîtiers.
Salut, l’artiste ! »
Roger Jaunin
Journaliste/Le Matin/Suisse